Armel Hédé

Hédé

« Bien sûr, comme nombre de céramistes, j’ai commencé par faire de l’utilitaire, ce qui m’a donné – après 16 heures de stage avec Cyril Dor en 1975 – la maîtrise technique et le bonheur indispensables pour continuer et me lancer à fond dans le travail de la porcelaine. La Chine des Song du Sud me fascine depuis toujours et ma situation d’autodidacte m’a laissé une grande liberté pour tenter de les rejoindre, sans céder au poids d’aucun modèle. 
Mon seul modèle est celui de la nature, au sein de laquelle j’aime me plonger, qu’il s’agisse de mon jardin ou de nos grèves bretonnes, nature où je puise par osmose certains effets proprement artistiques. Les formes, très classiques au départ, se développent à la suite de croquis (comme mes actuelles chrysalides ou coléoptères découverts près de ma mare) ou encore par le simple jeu naturel du tournage qui permet aux formes d’évoluer spontanément vers d’autres volumes, de nouveaux équilibres. Le décor, son dessin, sa matière, eux aussi proviennent de la nature : monochromes, rouge de cerise, vert de feuillage, noir d’ardoise, blanc moucheté façon œuf de caille, mais surtout céladons très variés venus du mariage du ciel et de la mer, déployés sur de fines incisions d’herbes folles ou de vagues océanes, porcelaines enfumées aussi, façon raku – une autre face de mon travail – plus contrastées, plus mouvementées, liées peut-être au spectacle des champs de varech à marée basse, comme aux lourds nuages des orages marins. 
Ma passion boulimique m’entraîne toujours plus loin tant du côté de la recherche d’émaux qu’en direction de volumes plus grands. Pour me faire connaître, je participe à des marchés de potiers, je fréquente quelques galeries, mais ces rencontres, si elles sont nécessaires, ne doivent pas venir altérer la continuité de la démarche intérieure, le goût de la recherche autonome. Notre plus grand problème est que – par quel mystère ? – la céramique ne soit pas reconnue en France comme un art majeur, au même degré que la peinture, comme dans bien d’autres pays, même en Europe, et ne dispose pas de relais suffisants. La France est riche d’excellents céramistes et la Bretagne n’est pas la moins riche de ses régions : aux amateurs le bonheur de les découvrir » (entretien avec Jean-François Juillard). « Je cherche à réaliser des volumes dont on ne voit pas sur quoi ils reposent. J’aimerais donner l’impression que la pièce tourne encore. La céramique est un jeu d’équilibre entre la forme et la matière, c’est un combat contre la pesanteur, où la part du risque est essentielle. C’est ce mélange magique, entre le travail préparatoire de l’artiste et la fantaisie imprévisible du feu qui crée le décor ».